Libre voyageur

Flâneries indiscrètes dans un vaste monde

Singapour et Bollywood

Singapour.

Singapour, Singapour, je crois que le mieux c’est d’en parler en creux, tout autrement.

Alors, voilà, j’arrive assez tard dans la ville du lion (je raconterai celle-là une autre fois), je me retrouve à Little India, logé dans une chambre d’hôtel sans fenêtre (c’est souvent le cas à Singapour) mais avec d’énormes miroirs partout, pour compenser…

Je prends une douche pour me rafraîchir, et tandis que je me rase, j’allume le téléviseur grand format, une fenêtre sur le monde, pour compenser…

Les lamas à Bollywood

Et je tombe sur un film indien sous-titré en mandarin, on y voit le héros (sur la photo) et l’héroïne chanter et danser sur fond de montagnes andines : la scène se passe au Machu Picchu, les danseurs sont revêtus de très seyantes (et très peu couvrantes) tenues évoquant probablement le costume inca pour l’homme des rues de Bombay.

Quelques locaux en costume folklorique bigarré ont été engagés pour donner un parfum d’authenticité à ce carnaval. Il y a même des lamas, si, si, regardez, la bestiole en arrière-plan, c’est un lama.

Le savant fou

Mon rasoir à la main, de la mousse jusqu’aux oreilles, je me dis que le tableau est assez pittoresque, quand on passe sans transition à une autre scène : nous sommes dans une sorte de Batcave, apparaît un personnage inquiétant, un savant fou chinois, plutôt sophistiqué, façon Singapour justement, la trentaine élégante, fines lunettes rondes, costume Yohji Yamamoto, mains manucurées, plutôt séduisant en somme.

Chitty anti-héros tragique

Il y a aussi le personnage tragique de l’histoire, Chitty, le bien-nommé, transformé par le savant chinois en un robot (il est vraiment très fort, ce savant). Mais il a connu de meilleurs jours et à la suite d’événements antérieurs il n’est plus qu’un objet de rebut, tout rouillé, désarticulé, il fait peine à voir.

Alors il supplie son créateur de lui rendre son apparence originelle, ce qu’il accepte, mais non sans laisser pressentir quelque intention malveillante…

Triangle amoureux

Ellipse : notre héroïne est revenue du Pérou avec son amoureux, on organise une grande fête pour célébrer leurs fiançailles (ou leurs épousailles, je ne sais pas trop, je confesse que je suivais tout cela d’un oeil distrait). À propos, la demoiselle est jouée par cette actrice sublimement belle, aux yeux vert émeraude, elle a été Miss Monde il y a une quinzaine d’années et elle a eu son heure de gloire en Occident. En Inde, c’est une déesse.

Il se trouve que Chitty (le robot, il faut suivre) était autrefois épris de l’héroïne, et cet amour était partagé, mais souvent femme varie, et Chitty est bien fol qui s’y est fié.

Alors, Chitty, refait à neuf, avec une jolie peau artificielle par dessus ses membres chromés, apparaît lors de la fête. Il ressemble un peu à Christian Clavier, en plus grand et plus bronzé, il a une raie blanche au milieu de sa chevelure fournie, un peu à la manière du chef des Gremlins, et il porte des lunettes noires pour dissimuler son regard tourmenté.

Chitty enlève la belle et se propose de tuer son nouveau fiancé, mais elle obtient sa grâce par des suppliques éplorées. Il faut dire qu’il est sacrément costaud, tout tragique qu’il soit, et il possède un flingue avec des munitions en nombre infini. Après avoir fait un carnage parmi l’assemblée, il s’enfuit au volant d’une décapotable de luxe.

La cavalerie arrive

Évidemment, l’armée indienne, promptement avertie de la présence du monstre en ville, parvient sur les lieux plus vite qu’un livreur de Speed Rabbit qui brûlerait tous les feux.

S’ensuit une poursuite époustouflante où les lois de la physique sont régulièrement violées mais où aucun animal ne sera maltraité.

Chitty jette des voitures en l’air d’une seule main. Il se retrouve bientôt avec sa décapotable criblée de balles juchée sur le toit d’un camion roulant à toute bringue au milieu de l’autoroute. L’héroïne, qui est dans la décapotable, échappe par miracle à toute blessure…

Je manque malheureusement la fin de la poursuite en achevant de me raser, et, quand je reviens devant l’écran, Chitty est dans son repaire, un oeil endommagé par les tirs des soldats, il répare l’oeil lui-même face à un miroir (pas maladroit le Chitty) : l’organe de remplacement ressemble à une led rouge…

Étant ensuite sorti faire un tour à Clarke Quay, je n’ai vu de ce film qu’un quart d’heure, riche en action et en émotion. Je ne connais pas la langue mais j’ai le sentiment d’avoir tout compris tant la mise en scène était brillante.

Une œuvre de génie

Ce n’est pas tous les jours que l’on peut voir une oeuvre faisant la synthèse de Frankeinstein, King Kong, Terminator, « I, Robot« , AI, The Island, Matrix, James Bond contre Dr No, et j’en passe. Sans compter « Singing in the rain« . Cela tient du génie.

Mais vous vous demandez certainement pourquoi je vous raconte tout cela : je suis attablé à la terrasse d’un café devant la volière de Singapour (ce sera pour l’épisode suivant), j’y suis coincé depuis une heure par un orage tropical (le genre vraiment tropical) et je voulais partager un peu de mon ennui.

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