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Flâneries indiscrètes dans un vaste monde

L’Alcazaba de Malaga

Malaga, Andalousie, Royaume d’Espagne.

L’Alcazaba de Malaga.

C’est un palais-forteresse du XIe siècle bâti par les Hammudites, une dynastie arabo-berbère chiite issue du Maghreb.

En dessous des murailles de l’Alcazaba, l’on peut voir le théâtre de l’époque romaine.

Alcazaba est la déformation de l’arabe al-Casbah (la forteresse).

Un court exposé de la situation dans l’Andalousie musulmane s’impose maintenant…

L’invasion de l’Espagne

Souvenez-vous : en 711, le berbère Tarik ibn-Ziyad traverse le détroit qui porte son nom (Gibraltar, la montagne de Tarik) et envahit l’Espagne wisigothique (les Wisigoths étaient des Germains originaires de la Mer Noire venus s’installer en Espagne 3 siècles plus tôt).

Tarik ibn-Ziyad était au service du Califat omeyyade, du nom d’une dynastie descendant d’un oncle du Prophète.

Les Omeyyades, basés à Damas en Syrie, avait constitué le plus grand empire musulman de tous les temps, s’étendant de l’Inde à l’Espagne.

Et si Charles Martel n’y avait pas mis le holà à Poitiers, ils auraient très bien pu finir par s’installer à Neuilly-sur-Seine, au grand désarroi des rombières siliconées.

Surviennent les Abbassides

Le problème, c’est qu’un territoire aussi vaste, avec des populations de langues et religions différentes, est très difficile à gérer. Le Califat omeyyade fait une crise de croissance que les Abbassides, une famille issue d’un autre oncle de Muhammad, mettent en 750 à profit pour renverser le pouvoir en place, et dans la foulée massacrer tous les Omeyyades, en bons élèves de Machiavel (qui ne naîtra que 856 ans plus tard) qu’ils sont.

Tous ? Non, un prince ommeyyade de 20 ans, Abd al-Rahman, parvient à s’enfuir. Après moultes péripéties, il arrive en Andalousie où il s’établit comme émir (roi) de Cordoue.

Ça ne se fait pas sans mal : les Abbassides, qui ont déplacé le Califat à Bagdad, envoient des généraux d’Irak jusqu’en Espagne pour mettre le dernier des Omeyyades à l’amende. Abd al-Rahman renverra leurs têtes coupées au Calife.

L’expédition franque

En Espagne même, on n’apprécie pas toujours le nouveau venu, et le wali (gouverneur) de Saragosse, un certain ibn-Arabi (fils d’Arabe), fait appel au roi des Francs d’au-delà des Pyrénées, un gars nommé Charlemagne, afin qu’il l’aide à se débarrasser d’Abd al-Rahman.

Après être venu avec son armée, Charlemagne doit soudainement rebrousser chemin pour régler une affaire dans l’Est, pillant Pampelune, la capitale vasconne, au passage. Sur la route du retour, les Vascons, rancuniers comme pas deux, attaquent son arrière-garde et tuent le neveu (selon la légende) de Charlemagne, le preux Roland.

Bon, le vrai nom de Roland en francique était Hruotland, mais allez donc prononcer « Hr », c’est le même son que dans « chrüterchraft » le mélange de plantes des bonbons Ricola.

Quand on sait que les Vascons sont les ancêtres des Basques, on ne se méfie jamais assez de ces gens-là.

Deux califes

Deux siècles plus tard, en 929, un descendant d’Abd al-Rahman, Abd al-Rahman III, transforme l’émirat de Cordoue en Califat. Il y a donc à partir de ce moment deux Califes, celui, abbasside, de Bagdad, et celui, omeyyade, de Cordoue.

Il faut savoir que le Calife est, à l’exemple du Prophète dont il est censé être le successeur, le détenteur suprême du pouvoir sprirituel et du pouvoir temporel dans tout le monde musulman, il est l’équivalent de l’empereur romain et du pape à la fois.

Alors, deux califes en même temps, ça fait sacrément désordre.

Le Califat omeyyade de Cordoue ne durera pas bien longtemps : en 1031, soit un peu plus d’un siècle après sa création, il tombe, et éclate en 23 mini-royaumes (taïfa en arabe), dont l’un d’eux sera gouverné par les Hammudites de Malaga, bâtisseurs du palais de l’Alcazaba.

Et voilà !

C’était court après tout.

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