Libre voyageur

Flâneries indiscrètes dans un vaste monde

La clé

Camp de réfugiés d’Aida, Béthléem, Palestine.

Chaque année, pour l’anniversaire de la Naqba, la Catastrophe représentée pour les Palestiniens par la guerre d’indépendance d’Israël de 1948 et la perte de leur terre et de leur liberté, les jeunes du Youth Center du camp d’Aida (tous les camps de réfugiés en ont un) réalisent une sorte de happening, une œuvre artistique et politique, parfois drôle, toujours ingénieuse et inventive.

À l’entrée du camp, cette clé, et la porte en forme de trou de serrure, est l’une de ces œuvres.

La clé symbolise le droit au retour que les Palestiniens réclament, le droit des réfugiés à reprendre possession de leurs maisons familiales, aujourd’hui détruites ou habitées par des familles juives, et dont chaque fils conserve pieusement la clé, transmise par son père, qui la tenait de son grand-père.

Ce droit au retour, les Juifs en disposent, eux, puisque la Loi israélienne stipule que tout personne se réclamant d’une ascendance juive, plus ou moins avérée, peut venir en Israël, en obtenir la citoyenneté, ainsi que des aides pour s’établir, au nom d’un droit imprescriptible détenu par des ancêtres hypothétiques, il y a deux mille ans.

Les colonies viennent empiéter chaque jour un peu plus sur les terres palestiniennes et en morceler le territoire au moyen de « murs de protection » séparant villes et villages arabes, transformant la Palestine en autant d’îles, en un véritable archipel. Et la plupart des colons sont en fait des Américains de New York, ou plus souvent des Français de Sarcelles, de Saint-Mandé, qui viennent bénéficier de ce fameux « droit au retour », refusé aux habitants légitimes de la terre.

Une anecdote : la clé que voici est la plus grande du monde. Les jeunes du camp d’Aida ont demandé qu’elle figure dans le Livre Guinness des records, ce que l’éditeur a préféré ne pas donner suite à leur requête, par intérêt commercial.

À gauche de l’image se trouve le centre de distribution alimentaire de l’ONU pour le camp. La photo d’un enfant palestinien abattu d’une balle dans la tête y a été apposée. Elle a elle-même (la photo) subi quelques impacts de balles et de grenades lacrymogènes.

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