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Flâneries indiscrètes dans un vaste monde

Thâna

Malé, Maldives.

Les Maldives relèvent de la dictature militaire peuplée d’imbéciles, mais il y a tout de même de l’espoir !

Remarquez l’écriture utilisée pour rendre le maldivien, le thâna.

C’est un système d’écriture intéressant : les consonnes sont dérivées pour partie des chiffres arabes, pour partie des chiffres indiens (aussi à l’origine des chiffres arabes) et aussi de quelques lettres arabes. Au final, le thâna ressemble un peu à l’écriture mère de l’arabe, l’araméenne, elle-même issue de l’alphabet phénicien.

Une autre caractéristique particulière est que le thâna est un abjad, comme l’arabe ou l’hébreu (ou leurs ancêtres araméen et phénicien), c’est à dire un système d’écriture notant exclusivement les consonnes, les abjads ne sont donc pas à proprement parler des alphabets.

Un abjad est très adapté aux langues sémitiques, pour lesquels il a été inventé, puisque celles-ci sont construites sur des racines consonantiques : le sens de base est contenu dans une succession de consonnes (le plus souvent 3), les voyelles servent uniquement à créer les dérivés (féminin, pluriel, verbe, adverbe, etc.).

En français, une langue indo-européenne, la racine de l’idée de royauté est « ROI/Y » qui donne avec des suffixes les dérivés « ROI », « ROIs« , « ROYal« , « ROYaume« . En hébreu, une langue sémitique, la racine de l’idée de royauté est le groupe de 3 consonnes M.L.KH (KH est une seule consonne en hébreu). Les dérivés sont MeLeKH (roi), MeLaKHiM (rois, le M final est la marque du pluriel), MaLKHuTi (royal), MaLKHuT (royaume).

C’est la raison pour laquelle les locuteurs d’hébreu ou d’arabe omettent la plupart du temps les signes diacritiques qui servent à signaler les voyelles : les consonnes et le contexte suffisent à comprendre le sens. Les voyelles ne sont notées que lorsqu’il est nécessaire de dissiper une possible ambiguïté.

Le problème, c’est que le maldivien, apparenté au cingalais, n’est pas du tout une langue sémitique, c’est une langue indo-européenne, cousine lointaine du français, la notation des voyelles est de ce fait obligatoire.

La solution que les Maldiviens ont trouvée est de mettre systématiquement au-dessus des consonnes des diacritiques (les signes qui ressemblent à -, =, < et >) indiquant les voyelles.

Les Grecs, mis dans la même situation (adoptant un abjad, le phénicien, pour écrire une langue indo-européenne, le grec), avait pris certaines consonnes de l’écriture phénicienne qu’ils n’utilisaient pas et les avaient transformées en voyelles, dont sont dérivées les nôtres.

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