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Flâneries indiscrètes dans un vaste monde

Palais d’hiver du Bogd Khan

Oulan-Bator, Mongolie.

L’un des pavillons du palais d’hiver du Bogd Khan, sur les contreforts de la montagne sacrée qui porte son nom, au sud de la capitale mongole.

Qu’est-ce donc que le Bogd Khan ? Bon, accrochez-vous bien, ça va secouer…

Le Bouddhisme pour les débutants

D’après le Bouddhisme, tous les êtres sont pris dans un cycle de renaissances et de souffrances, le « samsara ». Pour y échapper, il faut atteindre l’éveil, ou « nirvana ». On comprend alors que le monde est illusion, comme Neo avec la Matrice.

Il y a trois types de cheminement vers l’éveil :
lama niveau 1, le plus pourri, atteindre le nirvana en écoutant bien sagement l’enseignement d’un bouddha, celui qui y parvient est appelé « arhat » (méritant), et ce n’est pas bien glorieux ; c’est le prolétaire chez les bouddhas ;
lama niveau 2, trouver la voie par soi-même, tout seul comme un grand, mais sans être fichu de refiler le tuyau à ses poteaux, ça fait de vous un « bouddha solitaire » ; la classe moyenne des bouddhas ;
lama niveau 3, la crème de la crème, le nec plus ultra, trouver par soi-même, et plutôt que de faire immédiatement le grand saut, se réincarner volontairement afin de se perfectionner tout en enseignant à son prochain, afin d’atteindre finalement le nirvana en 1ère classe et pouvoir frimer devant les autres, en tant que « bouddha pur et parfait » ; l’aristocrate des bouddhas.

Celui qui est entré dans la phase finale de cette dernière voie est appelé « bodhisattva » pendant le temps de ses dernières réincarnations.

Les Mongols dans tout ça

Le bouddhisme tibétain, qui est aussi la religion de la Mongolie, est composé de 4 écoles distinctes (beaucoup plus historiquement, mais elles se sont tapées dessus mutuellement, et seules 4 ont aujourd’hui survécu) appartenant toutes au courant du bouddhisme tantrique.

La dernière arrivée, l’école Gelugpa, les « bonnets jaunes », a bénéficié du soutien des Mongols qui ont pris le Tibet sous leur aile (musclée) à plusieurs reprises dans l’Histoire.

C’est d’ailleurs un khan mongol qui a créé le titre de dalaï-lama (dalaï veut dire « océan » en mongol, et lama est un maître spirituel en tibétain, le tout voulant dire en gros « gourou qui détient un océan de sagesse »). Et c’est un autre khan mongol qui a installé par les armes le dalaï-lama à la tête de la théocratie tibétaine. Ce n’est absolument pas une décision du peuple.

Le dalaï-lama est la réincarnation d’un bodhisattva, ce que l’on appelle en tibétain un tulkou. Mais ce n’est pas le seul, et entre le Tibet, la Mongolie et le reste du monde, il y a près d’un millier de tulkous, de réincarnations de bodhisattvas, qui restent parmi nous pour nous enseigner la voie, chanceux que nous sommes !

Le dalaï-lama est donc un tulkou, mais Steven Seagal aussi, qui est la réincarnation d’un fameux lama tibétain, ce qui ajouté à son record de nominations aux Razzie Awards en tant que pire acteur, lui confère un titre supplémentaire de gloire.

Depuis 2007, la loi impose au Tibet que le ministère des affaires religieuses chinois avalise toutes les réincarnations. Il est interdit de prendre possession d’un nouveau corps sans le coup de tampon des autorités… Qu’on se le dise !

Coïncidence opportune

Au 17e siècle, le 5e dalaï-lama qui vient de se voir installé chef temporel du Tibet par le khan mongol découvre que l’un des princes mongols (le petit-fils du premier khan qui avait créé le titre de dalaï-lama) est un tulkou. Tiens donc ? Sacrée coïncidence qui tombe à pic pour récompenser les Mongols de leur soutien.

Ce tulkou est appelé en mongol « bogd gegen », pontife éclairé.

Le Bogd Gegen est la plus haute autorité du bouddhisme en Mongolie. Et le dernier Bogd Gegen était aussi le khagan ou khan, l’empereur mongol régnant, par intermittence, sur le territoire de la Mongolie actuelle, entre la fin de la main-mise chinoise (Mandchoue en fait) et la proclamation de la République populaire de Mongolie en 1924.

Ce dernier Bogd Gegen et khan tout à la fois, l’équivalent mongol du dalaï-lama, était appelé, par un goût de la formule concise, « Bogd Khan ».

La République populaire décréta que le Bogd Gegen ne se réincarnerait plus, et il s’en est tenu là jusqu’à présent. Les bodhisattvas sont parfois d’accord avec les autorités communistes, apparemment.

Au fait, cet empereur et chef religieux mongol était en réalité tibétain : les Mandchous qui s’étaient emparés de la Mongolie avaient décrété que les incarnations du bogd gegen après la troisième se feraient toutes au Tibet, plutôt qu’en Mongolie. Ça aurait été ennuyeux de voir un bogd gegen mongol prendre la tête d’une révolte nationale…

Ils sont vraiment de bonne composition ces boddhisattvas qui se réincarnent opportunément là où on leur suggère de le faire. Je connais des chiens qui sont moins obéissants…

Enfin, c’est ici l’un des pavillons du palais d’hiver de ce Bogd Khan. Et c’est très joli.

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