Libre voyageur

Flâneries indiscrètes dans un vaste monde

Cinq yens

Kyoto, Japon.

Le meuble en bois devant l’autel est un « saisen bako », une boîte à offrandes. Observez la partie supérieure, ouverte, avec des lamelles disposées en rangs parallèles dans la largeur.

La demoiselle que voici y a jeté une pièce de cinq yens, elle s’est inclinée deux fois, a frappé ensuite à deux reprises dans ses mains, est restée un court instant les mains jointes en prière, puis s’incliner à nouveau.

Son vœu ne peut être exaucé qu’à la condition qu’elle accomplisse ce rituel : les kami sont exigeants.

Au fait, pourquoi une pièce de cinq yens ? Cela tient à la linguistique. Le japonais est une langue extrêmement pauvre phonétiquement, et de ce fait les homonymies y sont légion. C’est un avantage quand il s’agit de faire des jeux de mots, ou de manier l’ambiguïté en poésie ou en amour, mais cela peut causer, du moins oralement, de cocasses malentendus.

Pourquoi une pièce de cinq yens donc ? C’est que « cinq yens » se dit « goen », ce qui signifie aussi « destin ». On jette donc son destin dans la boîte à offrandes, en espérant que le kami s’en saisisse et vous le rende favorable.

Cinq yens valent quatre centimes d’euro, une somme dérisoire, il est heureux que « destin » ne soit pas homonyme de « cinq millions de yens ».

Bon, mais me direz-vous, comment font-ils, les prêtres pour entretenir le sanctuaire, et payer le personnel ? À raison d’une pièce de cinq yens par personne, si les 127 millions de Japonais se rendaient tous, du nourrisson au grabataire, au sanctuaire une fois par jour pour y faire un vœu, ça ne suffirait pas pour couvrir tous les frais.

N’ayez crainte, toute religion trouve le moyen de faire desserrer les cordons de la bourse à ses fidèles, les dieux sont toujours très soucieux de veiller à la bonne rémunération de leurs représentants en ce monde.

Chaque sanctuaire dispose donc d’un « shamusho », un bureau de vente où l’on peut acheter des ema, plaques votives en bois déjà évoquées, des nōsatsu, cartes votives en papier, des o-mikuji, bandes divinatoires en papier, des hamaya, talismans pour la maison, et des amulettes pour l’autel familial ou à porter sur soi.

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