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Flâneries indiscrètes dans un vaste monde

Baroud d’honneur de l’IRA à Schull

Schull, West Cork, County Cork, Irlande.

Une après-midi que je me promenais, je décidais de visiter la bibliothèque du village pour m’enquérir de son histoire, les ressources en ligne s’avérant peu disertes. L’aimable septuagénaire qui tient l’endroit me recommanda une revue d’archives et d’articles sur la région.

De ma lecture de ces petits livrets brochés, je vous dirai ce qui suit.

Au début du siècle dernier, le village abritait une caserne de la RIC, la Royal Irish Constabulary, une police paramilitaire qui constituait, avec l’armée régulière et les Blacks & Tans (Noirs et Fauves, du fait de la couleur de leur uniforme), des vétérans de la Première guerre mondiale redoutés de la population pour leurs méthodes brutales, une force d’occupation qui faisait régner la loi de Sa Majesté sur l’île d’Irlande.

Le 4 octobre 1920, un commando de l’IRA, dûment muni du mot de passe du jour révélé par un sympathisant de la cause nationaliste, s’introduisit dans la caserne, fit prisonniers les soldats et les policiers, s’empara de quantité d’armes et de munitions, mit le feu aux baraquements, et s’échappa sans que quiconque n’ait été blessé.

L’année suivante, informés que la workhouse* de Schull devait être attribuée à la nouvelle garnison, nos amis y mirent joyeusement le feu.

Ce furent là les derniers hauts faits contre l’occupant, l’Irlande obtiendra en décembre 1921 une autonomie qui mènera en 1949 à une indépendance totale.

* workhouse : au XIXe siècle, les dignes messieurs de Londres s’avisèrent que les pauvres, les vieillards sans toit, les enfants mendiants et les aliénés errants se faisaient chaque jour plus nombreux.

Pour remédier à ce déplorable état de fait et épargner aux âmes sensibles la vision de tant de misère, on décida de bâtir dans tout le royaume des hospices nommés « workhouse » où l’on enfermerait tous les indigents, en forçant travailler, sans rémunération, tous ceux qui le pourraient, fournissant ainsi une main d’œuvre à bas coût pour l’industrie britannique.

Hommes, femmes et enfants vivaient séparés nuit et jour, et les châtiments corporels ou les privations de nourriture étaient monnaie courante.

La doctrine de la « less eligibility » gouvernait les workhouses, il était érigé en principe que les conditions de vie devaient y être pires que celle du plus mal payé des travailleurs salariés afin qu’il n’y ait pas d’incitation à l’oisiveté.

Le plus mal loti des ouvriers en Irlande était déjà un sans-le-sou, il était difficile de concevoir pire.

Durant son enfance miséreuse, Charlie Chaplin dut à deux reprises vivre, avec son demi-frère et sa mère, dans une de ces workhouses de la banlieue de Londres.

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