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Flâneries indiscrètes dans un vaste monde

Schwerbelastungskörper

Berlin, Allemagne.

Schwerbelastungskörper : « corps de charge lourde ».

Germania

Dans les années 30, Hitler décide la construction d’une capitale du monde, appelée Germania, à l’endroit où Berlin s’élève, et au-delà.

Il souhaite alors pérenniser le Troisième Reich. N’oubliez pas qu’il était censé durer mille ans. Le Führer considère que si sa personne galvanise les foules, ses successeurs seront immanquablement plus médiocres. Il leur faudra une architecture grandiose pour maintenir leur pouvoir sur le peuple et soutenir le projet de l’empire universel qu’il a conçu pour dépasser celui de Rome.

Divers édifices colossaux, plus vastes et plus hauts que ceux jamais construits, sont alors imaginés par Albert Speer, l’architecte du régime. Ils s’inscrivent dans la perpective de l’édification d’une capitale au centre d’un empire, exprimant l’idéologie qui en fonde la puissance.

Hitler insiste que les éléments principaux, tels le Palais du Führer, doivent être achevés de son vivant. Il lui faut y vivre, les imprégner de sa présence, afin que son aura légitime ses successeurs. Rien de mystique, il songe de manière obsessionnelle à la continuité du modèle politique qu’il a établi, sachant qu’il est mortel.

Speer promet que les travaux pour Germania pourront être commencés dès la fin de la guerre, pour une complétion prévue en 1950.

Du fait de l’engagement du conflit, Hitler ne pouvait explicitement consacrer un budget trop important au chantier de sa ville idéale, il répartit des ponctions minimes sur chacun des grands budgets de l’État, afin que la charge ne soit pas trop visible. Cette astuce visait à se garder des critiques que les gestionnaires des finances publiques auraient pu émettre.

Le colossal arc de triomphe

L’un des monuments emblématiques est l’arc de triomphe, il doit faire 117 mètres de haut, l’arc de l’Étoile devant tenir sous l’arche. L’ambition est de laver l’Allemagne de l’humiliation des guerres perdues, celle de 14-18 et celles de Napoléon.

La plaine de Berlin est un ancien marécage. Chaque construction y nécessite l’évacuation des eaux qui imprègnent les sols. Des tuyaux colorés utilisés à cet effet parcourent encore aujourd’hui la capitale allemande. L’endroit envisagé pour édifier cet arc de titanesques proportions ne fait pas exception à la règle.

Le Schwerbelastungskörper

Afin de tester la fiabilité du terrain, les ingénieurs de Speer décidèrent d’y poser un cylindre de béton de 32 mètres de haut. 18 mètres sont enfoncés dans la terre, 14 mètres émergent, sur 21 mètres de large, pour une masse totale de plus de 12 000 tonnes.

C’est ce gigantesque Schwerbelastungskörper, ce « corps de charge lourde », que des Français réquisitionnés par le Service du travail obligatoire vont couler ici entre 1941 et 1942.

En 1945, le cylindre s’était enfoncé trois fois plus que nécessaire pour construire l’arc de triomphe d’Hitler. Les ingénieurs avaient calculé qu’il aurait fallu alors des travaux considérables pour établir les fondations à cet endroit.

Après guerre, il apparut que l’on ne pourrait détruire le Schwerbelastungskörper sans endommager les immeubles alentour.

Il demeure comme un témoignage d’une ambition heureusement avortée.

Hitler termina sa vie dans son bunker, Speer passa une partie de la sienne à la prison de Spandau, ce sont là les seuls monuments qui, à la fin, abritèrent leurs désillusions.

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