Libre voyageur

Flâneries indiscrètes dans un vaste monde

Mensur

Wroclaw, Pologne.

Wroclaw (prononcez « vrrroswouav ») n’est autre que Breslau, la capitale allemande de la Silésie.

En 1945, les habitants allemands en sont expulsés par l’Armée rouge, et la ville est immédiatement repeuplée par des Polonais principalement venus de Lvow. Ils en avaient été eux-mêmes déportés par les Soviétiques afin de faire de Lvow une ville ukrainienne, aujourd’hui Lviv.

De ce jeu de chaises musicales, dont les peuples d’Europe centrale et orientale sont tragiquement coutumiers, Wroclaw porte de multiples marques : il n’est pas un monument, une église, une école, qui ne raconte son origine allemande, en dépit des efforts des autorités d’en masquer toutes les traces.

Devant l’université de Breslau… de Wroclaw, cette sculpture évoque la tradition typiquement allemande de la Mensur.

La Mensur est une forme d’escrime pratiquée par les étudiants des fraternités allemandes, consistant en la pratique de combats très codifiés.

Les duellistes se tiennent à une distance fixée par les règles, aux alentours d’un mètre, ils ne bougent que le bras, et s’affrontent à l’épée, tâchant de toucher le visage de l’adversaire avec le tranchant de la lame. Les coups d’estoc, avec la pointe, autrefois autorisés, sont désormais prohibés à cause de leur dangerosité.

Chacun porte une paire de lunettes en acier protégeant les yeux, souvent prolongée par un nasal, ainsi que des protections au corps de cuir ou de kevlar.

L’idée n’est pas d’éviter les blessures, ou de vaincre le partenaire, mais plutôt de faire montre d’une belle escrime et d’endurer la morsure du fer avec courage.

De nombreux étudiants des universités où la Mensur est pratiquée, en Allemagne, en Autriche, en Suisse, surtout, mais aussi en Pologne, en Belgique, quand les traditions germaniques ont été préservées, portent des « Schmiss », des cicatrices caractéristiques au visage, le plus souvent au côté gauche.

Un détail pittoresque : la sculpture porte des traces de patafix au niveau du pubis, des plaisantins ou des puritains ont dû tenter de conférer quelque décence à l’escrimeur en attachant à son anatomie un cache-sexe de fortune.

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